Cet événement, qui à l’ époque où il se produisit, eut un retentissement énorme. Le journal « Le Monde » avait titré « Les huit de Boghari mutilés et méconnaissables » et donnera quelques détails sur les souffrances endurées par ces martyrs.
L’épisode qui nous occupe eut lieu en 1957 au mois de janvier. Les militants de cette cellule furent arrêtés au début de 1956. Il s’agissait de Yagoub Benameur et Mokhtar Yahiaoui, tous deux instituteurs, Ahmed Trabelsi, Mohamed Benyllès, Benyoucef Ould Turqui, Djillali Benkara et les frères Benameur.
Cette cellule, chapeautée par El Bekbachi, officier de la Wilaya IV historique, assurait recrutement, collecte de fonds et d’ armes, ravitaillement, renseignements et propagande. Sur un large rayon géographique allant de Ksar El Boukhari à Sour El Ghozlane, avant d’étendre ses activités vers les wilayas de Djelfa et de Tiaret.
La ferme des Benameur
Le groupe était domicilié dans une ferme appartenant à la famille des Benameur connue pour ses longues traditions révolutionnaires au niveau du village de Oum El Djellil, à 10 km à l’ouest de Ksar El Boukhari.
Témoignage d’ un compagnon d’armes : « Yagoub Benameur et Mokhtar Yahiaoui étaient des personnages impressionnants. Des intellectuels organiques doublés de grands stratéges politiques. Avec les autres membres du groupe, ils militaient sincérement, et avaient l’ Algérie au cœur. Ils ont donné leurs biens et leur personne pour la patrie. C’est une race de chouhada ». Au cours de leur transfert vers Lodi pour être « jugés », les huit furent interceptés par Fleury, brigadier de gendarmerie ramené spécialement de France par le maire Pergaud pour mater la rébellion dans la région de Médéa.
Conduits au siège de la Gendarmerie de Berrouaghia, ils furent jetés dans la cave de la mort qui inspirait terreur auprès des populations.
« Fleury, monstre ivre de sang, d’une cruauté naturelle et tortionnaire d’une trempe particulière, venait les chercher jour et nuit pour la baignoire, la gégène, la peau tailladée, le calvaire de la bouteille, les crocs de chiens, les organes génitaux ébouillantés, les dents arrachés à la tenaille », poursuit ce moudjahid. Aux limites humaines de la souffrance, les huit ne donneront pas le moindre renseignement. Agonisant, ils seront achevés par balles au lieudit « El Magtaâ » jouxtant Mongorno, dans la commune de Zoubeiria.
Et l’affaire fut maquillée en tentative d’évasion. Gloire aux chouhada et grand hommage à leurs familles.
Par Abderrahmane Missoumi